20 oct. 2026 · 7 min de lecture

Visa nomade numérique sans diplôme universitaire : ce que demandent l'Espagne, l'Italie, le Portugal, Malte, la Grèce et Chypre

Quand on a commencé à regarder le visa nomade numérique pour l'Espagne, une question est arrivée très vite : est-ce qu'on est admissibles sans diplôme universitaire? Chez nous, ni mon conjoint ni moi n'avons de bac. On a des diplômes techniques et beaucoup d'années de métier, et on est loin d'être les seuls dans cette situation : une lectrice qui rêve de la Méditerranée m'a posé exactement la même question.

La bonne nouvelle, c'est que oui, dans plusieurs pays. Voici ce que j'ai trouvé en fouillant les textes officiels, pays par pays, avec les chiffres à jour en octobre 2026.

1. L'Espagne : diplôme OU trois ans d'expérience

Le visa espagnol pour télétravailleurs internationaux repose sur l'article 74 bis de la Loi 14/2013. Le texte dit que la demande est ouverte aux professionnels qualifiés diplômés « d'universités de reconnu prestige, de formation professionnelle et d'écoles de commerce de reconnu prestige, ou bien avec une expérience professionnelle minimale de trois ans ». Deux détails comptent beaucoup pour nous : la formation professionnelle est nommée dans la loi, ce qui ouvre la porte à un DEC (diplôme d'études collégiales) technique, et l'expérience seule suffit.

Pour le reste, voici les exigences principales en 2026 :

  • Revenu : 200 % du SMI (salaire minimum interprofessionnel). Le Real Decreto 126/2026 a fixé le SMI à 1 221 € par mois sur 14 versements, ce qui donne environ 2 849 € brut par mois (34 188 € par année) pour la personne qui fait la demande.
  • Famille : on ajoute 75 % du SMI pour le conjoint (environ 1 068 € par mois) et 25 % pour chaque enfant (environ 356 € par mois). Pour une famille comme la nôtre, avec deux filles, on vise donc environ 4 630 € par mois au total.
  • Relation de travail : au moins trois mois avec l'employeur ou les clients étrangers, et une entreprise active depuis au moins un an. Un travailleur autonome peut aussi avoir des clients espagnols, jusqu'à 20 % de son activité.
  • Où déposer : au consulat d'Espagne au Canada (visa d'un an) ou directement en Espagne, auprès de l'UGE (Unité des grandes entreprises et collectifs stratégiques), pendant un séjour touristique légal, pour un permis de trois ans.

L'expérience se prouve avec des documents officiels : déclarations de revenus d'entreprise, contrats, factures, relevés de cotisations. Une lettre de référence ou un CV aide à étoffer le dossier, mais ne suffit pas à elle seule. Les exigences précises varient d'un consulat à l'autre, alors je te conseille de toujours télécharger la liste du consulat qui couvre ta province avant de monter quoi que ce soit.

2. L'Italie : plus exigeante sur les qualifications

L'Italie a lancé son visa pour nomades numériques en avril 2024 (décret interministériel du 29 février 2024). Elle demande un travail « hautement qualifié », selon les critères de l'article 27-quater de sa loi sur l'immigration. Concrètement, il faut soit un diplôme d'études supérieures d'au moins trois ans, soit des qualifications professionnelles prouvées par environ cinq ans d'expérience pertinente. Dans les TI (technologies de l'information), trois ans d'expérience dans les sept dernières années peuvent suffire.

  • Revenu : environ 28 000 € par année, un seuil recalculé chaque année.
  • Logement : un bail enregistré, un titre de propriété ou une réservation acceptée par le consulat.
  • Clients : uniquement étrangers. Travailler pour des clients italiens n'est pas permis avec ce visa.
  • Assurance santé : au moins 30 000 € de couverture.

La demande se fait au consulat d'Italie qui couvre ta résidence, et les listes officielles sont sur le portail Visto per l'Italia.

3. Le Portugal, Malte, la Grèce et Chypre : le revenu avant le diplôme

Dans ces quatre pays, je n'ai trouvé aucune exigence de diplôme dans les critères publiés. Ce qui compte surtout, c'est un revenu stable venant de l'extérieur du pays, une assurance santé et une adresse.

  • Portugal (visa D8) : quatre fois le salaire minimum portugais, soit 3 680 € par mois en 2026 (salaire minimum à 920 €). Il faut un NIF (numéro d'identification fiscale), un compte bancaire portugais et, souvent, un bail de 12 mois avant le rendez-vous. Les démarches passent par le portail des visas du Portugal puis par l'AIMA (Agence pour l'intégration, les migrations et l'asile).
  • Malte (Nomad Residence Permit) : 42 000 € brut par année, un bail couvrant toute la durée du permis et une assurance valide dans toute l'Union européenne. Le programme est géré par Residency Malta.
  • Grèce : 3 500 € net par mois, plus 20 % pour le conjoint et 15 % par enfant. Depuis février 2026, la demande se dépose au consulat grec de ton pays de résidence avant le départ. Renseigne-toi aussi auprès du ministère grec de la Migration.
  • Chypre : 3 500 € net par mois, avec relevés bancaires des six derniers mois. La demande se fait sur place auprès du Service de l'état civil et de la migration, et le nombre de permis est plafonné.

Pour quelqu'un sans diplôme universitaire mais avec un bon revenu en ligne, ces pays sont souvent les plus simples sur papier. Le défi se déplace vers le logement : le Portugal, Malte et l'Italie veulent voir une adresse, ce qui explique le blocage que vivent bien des gens au début.

4. Faire reconnaître un DEC technique ou valider son expérience

Pour le visa nomade espagnol, un diplôme étranger n'a pas besoin d'être homologué : il doit être traduit en espagnol et apostillé. L'homologation devient utile plus tard, si tu veux exercer un métier réglementé ou te faire reconnaître un titre de formation professionnelle en Espagne. Le ministère espagnol de l'Éducation, de la Formation professionnelle et des Sports offre une procédure pour faire reconnaître un titre étranger comme équivalent d'un « Técnico » ou d'un « Técnico Superior ». Il faut prévoir plusieurs mois de délai, alors mieux vaut s'y prendre tôt si c'est dans tes plans.

Côté québécois, voici l'ordre que je suivrais :

  1. Commander au cégep ou au ministère de l'Éducation une copie officielle du diplôme et du relevé de notes.
  2. Faire apposer l'apostille. Depuis le 11 janvier 2024, le Canada adhère à la Convention Apostille, et au Québec c'est le ministère de la Justice qui s'en occupe (la Chambre des notaires explique la marche à suivre).
  3. Faire traduire le tout par un traducteur assermenté reconnu par le pays visé.

Pour l'expérience, monte un dossier qui raconte tes années de métier avec des preuves : avis de cotisation, états financiers de ton entreprise, contrats, factures, attestations d'employeurs sur papier à en-tête avec dates et tâches. Si tes compétences sont atypiques, c'est encore plus important de les relier clairement au travail que tu feras à distance.

5. Transférer ses services en ligne pour prouver un revenu de l'étranger

C'est le cœur de notre propre plan. Notre entreprise de services est au Québec, et on la transfère graduellement en ligne pour qu'elle roule de la même façon, peu importe où on se trouve. Pour un visa nomade, le revenu doit venir de clients ou d'un employeur situés hors du pays d'accueil, et il doit être stable avant la demande. Voici ce qui aide :

  • Garder son entreprise ici : une entreprise québécoise active depuis plus d'un an, avec des clients canadiens, coche déjà plusieurs cases.
  • Signer des contrats écrits : des ententes de service d'au moins trois mois, idéalement renouvelables, qui mentionnent que le travail peut se faire à distance.
  • Facturer et encaisser de façon traçable : des factures régulières et des dépôts visibles dans les relevés bancaires des six à douze derniers mois.
  • Penser à la sécurité sociale : l'Espagne demande une preuve de couverture. Informe-toi auprès de Retraite Québec sur les ententes en vigueur, sinon il faudra t'inscrire comme travailleur autonome dans le pays d'accueil.

Un mot pour celles et ceux qui rêvent d'un café ou d'un gîte : le visa nomade sert à travailler pour l'étranger, pas à ouvrir un commerce local. Il peut toutefois devenir une première étape pour s'installer, connaître le marché et préparer ensuite un permis d'entrepreneur avec un plan d'affaires solide. Ça vaut la peine d'en parler avec un avocat en immigration du pays visé avant de signer un bail commercial.

Par où commencer cette semaine

  1. Calcule ton revenu mensuel des douze derniers mois et compare-le aux seuils de l'Espagne, du Portugal, de la Grèce, de Chypre et de Malte.
  2. Fais la liste de tes années d'expérience avec, pour chacune, une preuve officielle (contrat, avis de cotisation, facture).
  3. Commande une copie officielle de ton DEC et de ton relevé de notes, puis informe-toi sur l'apostille auprès du ministère de la Justice du Québec.
  4. Choisis un ou deux clients actuels avec qui signer une entente de service à distance d'au moins trois mois.
  5. Télécharge la liste de documents du consulat du pays qui t'attire le plus et surligne ce qui te manque.

Les règles changent souvent, alors vérifie toujours les chiffres auprès du consulat avant de déposer. Et si tu bloques sur une étape, écris-moi : on est plusieurs à avancer dans le même brouillard, et ça aide de le faire ensemble.

Est-ce que tu te qualifies?

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