Les pays qui paient pour venir s'installer : ce qui s'applique vraiment à un Québécois

Notre projet d'expatriation a commencé avec un article comme celui-là. Un de ces titres qui disent « Ce village te paie pour venir t'installer », lu un peu par curiosité, et tout à coup on se demandait sérieusement : pourquoi pas nous? C'est de là que sont parties les premières discussions sur l'idée d'aller vivre ailleurs, bien avant que l'Espagne devienne notre plan.
En creusant, on s'est rendu compte qu'il manquait toujours la partie importante dans ces articles : est-ce qu'une famille québécoise peut vraiment toucher cet argent-là? On a donc fait le tri. Voici les programmes qui existent en 2026, ce qu'ils offrent, ce qu'ils exigent, et surtout ce qui est réaliste quand on a un passeport canadien.
Avant de rêver : la prime ne vient jamais avec un visa
C'est le point que les titres oublient. Presque tous ces programmes visent à repeupler des villages qui se vident, et ils sont pensés pour des gens qui ont déjà le droit de vivre dans le pays : les citoyens, les résidents ou les citoyens de l'UE (Union européenne). Une municipalité italienne ne peut pas te donner un permis de séjour, même si elle veut de toi.
Pour un Québécois, l'ordre est donc toujours le même : trouver d'abord une voie d'immigration (visa nomade numérique, visa de résidence non lucrative, visa d'entrepreneur, emploi), puis regarder si une prime locale s'ajoute par-dessus. La prime, c'est le bonus, pas le plan.
1. La Suisse : Albinen, la plus généreuse… et la plus fermée
Albinen, un petit village du Valais, est souvent cité en premier parce que les montants sont impressionnants.
- Montant : 25 000 CHF (francs suisses) par adulte et 10 000 CHF par enfant.
- Conditions : avoir moins de 45 ans, acheter ou construire une propriété d'au moins 200 000 CHF et y habiter à temps plein pendant 10 ans. Si tu pars avant, tu rembourses.
- Pour un Québécois : peu réaliste. Certaines sources indiquent que le programme est réservé aux citoyens suisses et aux détenteurs d'un permis C (établissement), qu'on obtient seulement après plusieurs années de résidence.
2. L'Italie : beaucoup d'offres, beaucoup de petits caractères
L'Italie est le pays où on trouve le plus de villages qui cherchent du monde. Les offres changent d'une région et d'une année à l'autre.
- Calabre : jusqu'à environ 28 000 € répartis sur trois ans dans certains villages de moins de 2 000 habitants (3 000 selon d'autres sources). En échange, il faut s'y installer à temps plein et y démarrer une entreprise ou occuper un emploi local. Certaines versions visent les moins de 40 ans.
- Toscane (zones de montagne) : des subventions de 10 000 € à 30 000 €, jusqu'à 50 % du coût d'achat et de rénovation d'une résidence principale dans des communes de moins de 5 000 habitants. La ronde documentée date de 2024 et visait les citoyens de l'UE ou les personnes ayant déjà un permis de séjour de longue durée. Il faut vérifier si elle est reconduite.
- Sardaigne : la région a offert jusqu'à 15 000 € pour acheter ou rénover une maison dans un village de moins de 3 000 habitants, à condition d'y transférer sa résidence. Les rondes ouvrent et ferment selon le budget disponible.
- Maisons à un euro (Sicile, Sardaigne, Abruzzes) : ce n'est pas de l'argent qu'on te donne. Tu achètes une maison à rénover pour un euro, mais tu laisses un dépôt de quelques milliers d'euros, tu dois commencer les travaux dans l'année et les terminer en trois ans, sinon ce sont des pénalités. La facture de rénovation, elle, est bien réelle.
Pour un Québécois : possible, mais seulement après avoir obtenu une résidence italienne, par exemple avec le visa pour nomades numériques ou le visa de résidence élective. La Calabre et la Sardaigne demandent aussi de vraiment vivre au village, pas d'y passer l'été.
3. L'Espagne : de petits montants, mais une piste intéressante pour les nomades
L'Espagne a des centaines de villages en voie de dépeuplement, et plusieurs ont lancé leurs propres incitatifs.
- Ponga (Asturies) : autour de 3 000 € pour un couple ou une famille qui s'y installe et s'inscrit au registre municipal, avec un montant de plus pour chaque bébé né sur place. Il faut s'engager à rester quelques années.
- Extrémadure : c'est le programme le plus intéressant pour nous. La région a offert une aide aux télétravailleurs qualifiés qui viennent s'y établir : jusqu'à 10 000 € selon la ronde de 2025, et jusqu'à 15 000 € selon des sources plus récentes. Le montant maximal va aux moins de 30 ans, aux femmes ou à ceux qui choisissent une commune de moins de 5 000 habitants. D'après une source, il faut déjà détenir le visa nomade numérique espagnol.
- Villages de Galice et d'Aragon : pas de gros chèque, mais des loyers symboliques (autour de 100 € à 225 € par mois) ou une aide par enfant d'âge scolaire pour garder l'école ouverte. Il faut s'informer directement à la mairie (ayuntamiento).
Pour un Québécois : c'est ici que ça devient concret. Si tu obtiens le visa nomade numérique espagnol, rien ne t'empêche de choisir un village de l'Extrémadure et de faire une demande d'aide en plus. Les montants ne paieront pas le déménagement au complet, mais ils peuvent couvrir les premiers mois de loyer.
4. La Grèce : Antikythère, l'île au bout du monde
La petite île d'Antikythère, entre la Crète et le Péloponnèse, compte quelques dizaines d'habitants à l'année.
- Montant : environ 500 € par mois pendant trois ans, avec un logement et parfois une terre.
- Conditions : vivre sur l'île toute l'année. La priorité va aux familles et aux gens qui ont un métier utile à la communauté, et le grec devient vite indispensable.
- Pour un Québécois : seulement avec un statut de résident grec. Et il faut être honnête avec soi-même sur l'isolement : un traversier quelques fois par semaine, pas d'hôpital, peu de services.
5. L'Irlande : la rumeur des 84 000 €
Tu as sûrement vu passer « L'Irlande te paie 84 000 € pour vivre sur une île ». C'est faux, ou du moins très mal résumé. Le programme Our Living Islands offre une subvention pouvant aller jusqu'à 84 000 € pour rénover une maison vacante ou abandonnée sur une île, construite avant 1993 et vide depuis au moins deux ans. L'argent sert uniquement aux travaux, et il faut déjà être propriétaire ou acheter la maison. Le gouvernement irlandais a lui-même précisé qu'aucun paiement n'est offert pour encourager les gens à déménager sur ses îles.
Pour un Québécois : c'est une aide à la rénovation pour ceux qui ont déjà le droit de vivre en Irlande, pas un programme d'immigration.
6. Le Japon : les maisons abandonnées (akiya)
Le Japon offre des subventions aux familles qui quittent la région de Tokyo pour s'installer en campagne, jusqu'à environ 1 000 000 ¥ par enfant selon certaines sources. Plusieurs villages vendent aussi des akiya (maisons vacantes) pour presque rien. Ces aides visent les gens qui résident déjà dans la région de Tokyo et elles se remboursent si on repart trop vite. Pour un étranger, il faut d'abord un visa de travail ou de résidence, et le Japon n'a pas de visa simple pour s'installer sans emploi.
7. Le Chili : on paie ton entreprise, pas ton déménagement
Start-Up Chile n'est pas une prime d'installation, mais c'est un des rares programmes vraiment ouverts aux étrangers. Le gouvernement finance de jeunes entreprises, sans prendre de part dans la compagnie, et le programme vient avec un visa d'un an. Les montants varient selon le volet (les sources parlent de 40 000 à 80 000 dollars américains). C'est très compétitif, le financement est lié à des objectifs, et il n'y a aucune garantie de résidence permanente à la fin.
Le vrai calcul avant de te lancer
Quand on met tout ça bout à bout, une prime de 3 000 € ou même de 15 000 € ne change pas grand-chose au budget d'une expatriation. Les billets d'avion, les frais de visa, les traductions officielles, le dépôt de garantie et les premiers mois sans revenu stable coûtent souvent plus cher. Plusieurs programmes exigent aussi d'acheter ou de rénover, ce qui demande beaucoup plus de capital que ce que la prime rapporte.
Ce que ces programmes offrent de plus intéressant, c'est souvent ailleurs : des villages qui veulent vraiment de nouvelles familles, des loyers bas, une école qui t'accueille à bras ouverts parce qu'elle a besoin d'élèves. Pour certains, ça vaut plus qu'un chèque.
Par où commencer cette semaine
- Identifier le visa auquel tu as accès dans le pays qui t'intéresse (nomade numérique, non lucratif, entrepreneur). Sans ça, aucune prime n'est possible.
- Faire une courte liste de deux ou trois régions ou villages qui offrent une aide et qui correspondent à ta façon de vivre (services, école, aéroport à proximité).
- Écrire directement à la mairie pour savoir si le programme est encore ouvert en 2027 et s'il accepte les détenteurs d'un permis de séjour.
- Lire les conditions de remboursement : combien d'années tu dois rester et ce qui arrive si tu repars plus tôt.
- Intégrer la prime dans ton budget comme un bonus, jamais comme la base du plan.
Les règles et les montants changent souvent, et plusieurs programmes fonctionnent par rondes qui ouvrent et ferment selon le budget. Vérifie toujours auprès de la municipalité ou de la région avant de prendre une décision.
Sources : Quartz (septembre 2026), EscapeArtist (octobre 2026), Euro Weekly News (mars 2026), PolitiFact, idealista, Forbes Belgique.







