J’étais au début de ma trentaine lorsque l’idée de déménager en Irlande m’a traversé l’esprit. Je vivais un immense déséquilibre dans ma vie. Professionnellement, j’avais été pendant plusieurs années copropriétaire de deux entreprises qui, comme beaucoup d’autres, ont été ravagées par le tsunami COVID-19. D’un point de vue personnel, j’avais également mis fin à une relation amoureuse dans laquelle je ressentais une énorme pression d’acheter une maison en vue d’une petite vie bien rangée, ce qui ne m’interpellait pas du tout… En parallèle de cette rupture, la plupart de mes amies se sont mises à avoir des bébés. Je me suis donc assez rapidement retrouvée en deuil amoureux, en semi-deuil amical et sans réel objectif.
J’étais alors au summum des symptômes physiques d’une maladie que les médecins identifiaient de façon très floue comme étant la fibromyalgie et que je traînais depuis l’université. En gros, j’avais mal partout, jour et nuit. J’avais de la difficulté à respirer parce que mes muscles étaient trop tendus et je faisais beaucoup d’insomnie. C’était comme si mon corps était constamment en état d’alerte et, en même temps, comme si ma batterie était à plat et n’arrivait plus à se recharger. Puisqu’il s’agit d’une maladie du système nerveux très complexe, toute l’aide qu’on a essayé de m’apporter ne fonctionnait pas. À ce stade, je me sentais donc très seule, impuissante et vidée de toute énergie vitale.
J’ai toujours été une personne curieuse et exploratrice dans l’âme. Voyager avec mes amies était l’une des choses qui me rendait le plus heureuse au monde. J’avais un énorme « crush » sur l’Irlande et ses paysages verts à en faire frissonner. La culture musicale, l’esprit de fête, la Guinness et le whiskey ont créé plusieurs de mes meilleurs souvenirs lors de mes voyages dans ce pays. Ayant grandi dans la plus vieille maison du village, sur une ferme au Québec, je crois que le cachet vieillot des pubs irlandais et les terres agricoles me faisaient sentir comme à la maison. Je ne le savais pas encore, mais c’est exactement ce dont j’avais besoin… Rentrer chez moi !
D’une certaine façon, l’un des cadeaux cachés derrière tous ces effondrements fut la liberté. La voie était libre devant moi pour recommencer à zéro puisque je n’avais pratiquement plus aucun engagement. J’ai eu la profonde intuition que la vie voulait me faire déménager dans mon pays préféré. Le mot à retenir ici, c’est vraiment « intuition ». Quand l’idée m’a traversé l’esprit, cela m’a d’abord semblé complètement fou. En me projetant, je ressentais beaucoup de peur et d’inconfort. Mon mental me disait : « Voyons, te débarrasserais-tu vraiment de toutes tes choses ? Dirais-tu au revoir à tes proches pour aller dans un lieu où tu n’auras personne qui se soucie de toi ? En plus, tu devras essayer de te faire des amis dans une langue que tu maîtrises moyennement bien. Prendras-tu vraiment le risque de perdre la belle clientèle que tu as bâtie comme kinésiologue pendant dix ans pour recommencer dans un pays où ton métier n’existe même pas ? » Ça ne faisait AUCUN sens ! Le truc avec l’intuition, c’est que ça ne fait justement souvent pas de sens… au départ. Malgré toutes ces peurs, j’avais tout de même une petite voix intérieure qui persistait à essayer de me convaincre de déménager.
C’est lors d’une journée en particulier que j’ai su que je dirais oui à cette proposition. Cela semblera sans doute spirituel ou ésotérique, mais ce jour-là, j’ai vécu deux ou trois événements improbables que j’ai ressentis comme des signes me pointant tous dans la même direction : celle de partir. Cependant, croyez-moi, ce n’est pas parce que j’avais pris position dans ma tête que j’ai cessé d’avoir peur. Pour rassurer mon mental et pour ne pas sembler débile auprès de mes proches, je me disais — et je disais aux autres — que je faisais ce choix pour des raisons rationnelles seulement. Que c’était parce que j’adorais l’Irlande, parce que j’avais besoin de ralentir et que le rythme de vie y est plus lent, parce que je voulais voyager et que c’était plus facile en Europe… Toutes ces raisons étaient vraies, mais c’est seulement en plongeant dans l’aventure que j’ai compris réellement ce que mon intuition cherchait à me faire vivre. C’était beaucoup plus riche que ce que je pouvais imaginer à ce stade et cela allait complètement changer le cours de ma vie.
C’est ainsi que, pendant un an, j’ai planifié mon départ. Non seulement la préparation calmait mon mental, mais j’ai aussi eu un regain d’énergie pendant plusieurs mois parce que j’avançais vers un nouvel objectif. J’avançais vers un but que j’avais choisi avec mon cœur, sans aucune influence extérieure, parce que, pour être honnête, cela ne plaisait pas particulièrement à mon entourage. C’était très « outside the box » comme ambition et difficile à comprendre pour bien des gens.
J’ai vendu et donné tout ce que j’avais pour ne garder que l’essentiel, à faire entrer dans une grosse et une petite valise. Je ne savais pas pour combien de temps je partais, possiblement pour toute la vie. J’avais tout juste l’âge pour au moins commencer par un visa « Working Holiday » de deux ans. Ensuite, je déciderais en temps et lieu ce que je voudrais faire.
Avec le temps, plus la date approchait, plus j’avais le vertige. D’autant plus que c’est comme si mes proches ne réalisaient pas vraiment l’ampleur de mon choix jusqu’à quelques semaines avant le départ. Ce fut l’une des périodes les plus difficiles. Ils pleuraient devant moi, se sentant abandonnés, alors que j’avais besoin plus que jamais de rester solide dans ma décision. J’ai eu besoin, à plusieurs reprises, de me réaligner pour ne pas céder à la peur ou à la culpabilité. Étant très sensible, je sentais bien que, pour plusieurs personnes, je prenais une décision irréfléchie et insensée, comme si je ne voyais pas clair. Au contraire, je voyais très clair ! Il me fallait beaucoup de conscience pour ne pas me laisser influencer par leur vision des choses, qui, à mon avis, était plus limitée. J’ai par la suite réalisé qu’en fait, c’est que ces personnes n’avaient simplement pas les codes internes pour comprendre un tel choix, et je devais foncer quand même. Je veux dire par là que c’est pratiquement impossible d’expliquer un choix intuitif aussi grand à une personne très rationnelle. Il faut simplement lâcher prise, accepter nos différences et s’aimer quand même… Ça m’aidait beaucoup de me visualiser à la fin de ma vie en me posant cette question : est-ce que je vais vouloir l’avoir vécu ? La réponse était toujours un oui évident. L’inverse était même inenvisageable. Le coût du courage en valait la peine.
Le jour venu, avec beaucoup d’amour et de déchirement, mes amies ont pris une pause de leur vie familiale pour venir me conduire à l’aéroport de Toronto, ce qui m’a beaucoup touchée. À ma demande de ne pas pleurer devant moi, elles ont respectueusement attendu que je quitte pour laisser couler leurs larmes. C’était parti ! C’est remplie d’émotions contradictoires, mais avec une certitude profonde et assumée, que j’ai pris mon vol aller simple vers Dublin. À mon arrivée, ce n’était plus le sentiment de vacances ressenti lors de mes voyages précédents. C’était une grande perte de repères. Je demeurais courageuse, me rappelant que ces émotions étaient normales et temporaires.
Pendant les quatre premières semaines, je suis allée travailler sur une ferme dans le comté de Mayo en échange d’un logement et de nourriture. J’avais trouvé cet endroit sur « Workaway » et j’y avais séjourné un an plus tôt pendant un mois. J’avais adoré mon expérience et le couple de fermiers, Arend et Jannette, avait accepté de m’offrir la même formule pour me donner un coup de main le temps de m’installer.
J’ai, pendant ce temps, acheté une voiture pour laquelle j’ai dû payer 3 800 € d’assurance parce que je conduisais avec un permis international. Plus tard, j’ai dû reprendre des cours de conduite et repasser des examens pour pouvoir payer un tarif plus abordable la deuxième année. Bref, après cette grosse dépense, j’ai compris que je devais me trouver une source de revenus assez rapidement pour survivre.
Mes journées ressemblaient à ceci : travailler sur la ferme, chercher désespérément un logement — idéalement à Galway — et faire des démarches pour que tout soit en ordre avec mon visa et ma voiture. Premier défi : accepter que les Irlandais ne sont pas joignables… C’était très difficile de m’organiser parce que je n’avais presque jamais de retour de leur part. Je voulais de la lenteur… j’étais servie ! J’étais assez stressée au début, car j’étais littéralement en mode survie. La ferme ne pouvait pas me garder plus de quatre semaines et c’était le délai dont je disposais pour trouver un logement dans un endroit intéressant, de l’argent pour le payer et de quoi me nourrir.
Enfin, pour ne pas m’éterniser sur les aspects logistiques, il suffit de dire que j’y suis arrivée finalement en six semaines. J’ai fait deux semaines supplémentaires sous la même formule, mais sur une autre ferme près de la première. Les choses ne se sont aucunement déroulées comme prévu, mais je peux dire, avec le recul, que ce qui s’est passé était encore plus aligné avec ce dont j’avais besoin.
Je me suis installée à Mullingar, dans le comté de Westmeath, une petite ville non touristique que peu de gens connaissent, mais qui fut parfaite pour moi. Elle était située au milieu du pays, ce qui facilitait mon exploration. La culture musicale y était très forte et j’adorais aller marcher le long du Royal Canal tous les jours. J’ai toujours dit que c’est Mullingar qui m’a trouvée, parce que j’ai vraiment failli habiter dans d’autres endroits beaucoup moins plaisants. Pendant deux ans, j’ai loué une chambre dans une vraie maison irlandaise où je vivais avec les Munnelly, qui ont pris soin de moi comme si j’étais un membre de leur famille. Ils étaient adorables. Une fois bien installée et après avoir trouvé du travail comme coach, j’ai enfin pu commencer à vivre ma nouvelle vie tranquillement. Les Irlandais m’appelaient Jacinta, parce que Jacinthe était trop compliqué à prononcer pour les anglophones. C’était mon nouveau nom, et il me plaisait bien.
Bien sûr, j’ai eu à relever de grands défis au cours de mes années en Irlande. D’abord, j’ai eu extrêmement froid, car le chauffage coûte très cher dans ce pays et les bâtiments sont donc peu chauffés. Il faisait très souvent 12 °C dans la maison où je logeais, et c’était normal. C’était pareil au travail. J’avais régulièrement des engelures aux doigts et aux orteils. C’est impressionnant de constater à quel point nous, les humains, sommes capables de nous adapter à presque tout lorsque nous persévérons.
Ensuite, ce que j’ai trouvé le plus difficile fut le sentiment de solitude. Le peuple irlandais est très accueillant, mais, comme plusieurs autres voyageurs l’ont aussi constaté, il est difficile de créer des liens plus profonds et durables avec les irlandais. Je me suis souvent fait dire : « On s’écrit et on va prendre un café », mais cela n’arrivait finalement jamais. C’est pour cette raison que les amis avec qui j’ai créé des liens plus solides venaient principalement d’autres pays, comme l’Inde, la France ou les États-Unis. Le problème, c’est qu’eux aussi étaient sur le même visa que moi et ne restaient pas éternellement. J’ai eu très souvent à faire des adieux déchirants. Je devais ensuite recommencer à zéro, me forcer à sortir seule et faire des efforts pour rencontrer de nouvelles personnes alors que, sans être particulièrement gênée, je ne suis pas non plus la plus extravertie. Si j’avais eu des amis pour m’accompagner, je serais allée dans les pubs tous les week-ends. Seigneur que j’aimais les pubs ! J’étais souvent anxieuse à l’arrivée de la fin de semaine parce que je me retrouvais finalement seule. D’un autre côté, je me sentais aussi seule au Québec… Cependant, j’en profitais souvent pour prendre ma voiture et aller faire des randonnées près des falaises, manger une chaudrée de fruits de mer et boire une pinte. Ce n’était tout de même pas un si mauvais prix de consolation.
Ce que mon déménagement m’a coûté en inconfort n’a finalement rien été comparativement à tout ce qu’il m’a apporté. J’ai passé énormément de temps seule avec moi-même, sans distraction. J’étais dans le silence et au ralenti. Cela m’a permis de prendre un immense recul et de remettre en perspective tout ce qu’avait été ma vie au Québec jusqu’à cet instant. Les croyances qui m’avaient été inculquées par mes modèles familiaux, par l’école, par la société, au travers de certaines relations… Les blessures que je n’avais pas eu le temps de regarder ni de panser, parfois depuis l’enfance. Les parties de moi que j’avais laissées dans l’ombre pour correspondre à ce qu’on attendait de moi.
Mon corps n’était pas malade pour rien, et je le sentais bien.
J’ai alors compris que la vraie raison de mon départ — ce que mon intuition savait déjà avant ma tête — était que j’allais enfin avoir le temps et l’espace nécessaires pour entamer un grand processus de guérison psychique et physique. J’allais pouvoir mettre de la lumière sur cette grande crise existentielle qui, pour moi, s’est manifestée dans la trentaine. J’avais soif de vérité et envie d’aller à la rencontre de qui je suis pleinement.
J’aurais pu essayer de m’engourdir ou de me divertir pour éviter ma bête noire : le sentiment de solitude. J’ai plutôt choisi de le regarder en face, une bonne fois pour toutes. Les outils se sont présentés à moi presque comme par magie pour m’aider dans cette démarche. Une thérapeute m’a offert des séances d’art-thérapie en échange d’entraînements privés. J’avais déjà, au Québec, entamé ce type de travail avec une autre art-thérapeute et j’avais observé des effets bénéfiques sur ma condition, plus qu’avec n’importe quelle autre approche. C’était donc parfaitement aligné avec mes besoins.
Dans ces séances, j’ai plongé profondément dans mon inconscient et je suis allée à la rencontre de tout ce qui était resté figé dans la mémoire de mon corps. Alors que je découvrais progressivement comment mon cerveau s’était encodé à travers les expériences du passé, la thérapie me permettait de créer de nouveaux chemins neuronaux, beaucoup plus sains et alignés avec qui je suis réellement. Le fait de vivre ce processus loin de chez moi me permettait de solidifier ces nouveaux acquis sans distraction et sans retomber dans d’anciens schémas alors que les nouveaux étaient encore fragiles. J’étais comme en incubation, en train de reprendre des forces avant de me réexposer à ce qui avait autrefois le potentiel de me faire souffrir. Je réglais tous les dossiers accumulés depuis ma naissance et qui faisaient boguer mon ordinateur interne.
Mon art-thérapeute était futée. Elle savait combien j’aimais la musique et que je jouais un peu de guitare. Après une séance où nous avions exploré des croyances transgénérationnelles liées au fait que je ne me sentais pas digne d’être une artiste, elle m’a proposé d’écrire une chanson sur le sujet. C’est ainsi que j’ai écrit ma première chanson officielle, si l’on ne compte pas celles que je composais enfant. Puis, j’ai commencé à prendre des cours de guitare avec Paulie, un guitariste irlandais hyper talentueux à Mullingar. Il m’a appris à jouer dans un style qui me ressemblait davantage.
Un soir, j’ai pris ma guitare et j’ai décidé d’essayer de composer une nouvelle chanson. À ma grande surprise, j’y suis arrivée, et j’étais profondément fière de moi. Ça sonnait juste. Pas seulement musicalement, mais aussi dans mon cœur. L’avantage d’être loin et seule, c’est que personne n’était là pour me faire douter de ma légitimité artistique. Cinq autres chansons ont suivi, racontant les combats entre ma tête et mon cœur, la maladie, le rythme de vie effréné, le matérialisme… Puis, je me suis mise à peindre également. C’était aussi nouveau, si l’on ne compte pas les dessins que je faisais adolescente. J’avais désormais deux médiums pour exprimer mes malaises, me libérer et, en même temps, me reconnaître dans chaque note, chaque mot, chaque symbole et chaque couleur. Cela me permettait aussi d’exprimer ce que je trouve beau dans la vie.
Enfin, je me suis mise à peindre mes chansons. J’adorais ça. L’Irlande m’inspirait énormément. Je m’amusais à faire des portraits de pubs et j’aimais plus que tout assister à de la « live music ».
Arrivée au terme de mon visa de deux ans, j’avais une décision à prendre. Allais-je essayer de rester plus longtemps ou était-il temps de rentrer au Québec ? Pour répondre à cette question, j’ai fait la même chose que lorsque j’ai choisi de déménager en Irlande : j’ai suivi mon intuition et les signes. J’avais envoyé plusieurs de mes compositions à un ami musicien. Surpris de ce que j’avais réussi à créer, il m’a proposé d’enregistrer l’une d’elles dans son studio maison si je revenais au pays. Premier signe. Ensuite, malgré la pénurie de logements, je n’ai aucunement eu à chercher d’appartement. Un loyer parfait s’est présenté à moi, comme tombé du ciel, à un prix étonnamment abordable. Deuxième signe. Puis, plus de clients que je n’en avais avant mon départ recommençaient déjà à faire appel à mes services. Troisième signe.
Et, au-delà de tout cela, c’est ce que je ressentais intérieurement. Mon temps d’incubation était terminé. Il avait été essentiel, voire vital. Ce déménagement devait avoir lieu, mais pas pour toute la vie, du moins pas dans mon cas. Je n’ai pas quitté l’Irlande par manque de persévérance. Je l’ai quittée parce qu’à ce moment précis, ma boussole intérieure pointait vers le Québec afin que je puisse continuer mon évolution et suivre cette voie qui semble déjà savoir où je dois aller. J’ai appris que moins j’y résiste, plus la vie devient fluide, joyeuse et alignée.
À mon retour, j’ai enregistré ma première chanson, comme convenu avec mon ami. We Would Have Missed the Bestporte un texte que j’ai écrit en Irlande, dans lequel mon cœur s’adresse à ma tête. Je suis ensuite entrée dans un véritable studio d’enregistrement pour créer mon premier EP, qui regroupera les autres morceaux composés à l’étranger. Mon premier spectacle s’est rapidement confirmé dans un festival où je raconterai ce que l’Irlande m’a apporté, à travers mes chansons. Sur les affiches, on pourra lire mon nom d’artiste : Jacinta.
Pour terminer, mon expérience m’a bien sûr apporté énormément d’un point de vue concret. J’ai appris à parler anglais, à conduire à gauche et à encore mieux comprendre la valeur de l’argent. J’ai énormément affûté mon sens de la débrouillardise. Je me suis ouverte à d’autres cultures et à des visions de la vie parfois très différentes de la mienne. Je garde en mémoire des visages venus de partout, des paysages à couper le souffle et des moments inoubliables. Je crois que quiconque a le courage de quitter son pays peut, au minimum, s’attendre à toute cette beauté.
Mais ce qui a produit la plus grande transformation, ce n’est pas seulement le fait d’être partie. C’est ce que j’ai choisi de faire de mon temps là-bas. C’est là où j’ai décidé de poser mon attention alors que la vie m’offrait un retrait du bruit et de la vitesse. J’ai assurément fait ce que je devais faire, car je ne me suis jamais sentie aussi alignée qu’aujourd’hui. Ma vie n’a jamais fait autant de sens et je n’ai jamais su avec autant de clarté qui je suis, ce que je veux et où je m’en vais.
Les symptômes de la fibromyalgie se sont apaisés. Je dors enfin la nuit. Je respire mieux. Non seulement mon corps est plus mobile et j’ai plus d’énergie, mais j’accepte beaucoup mieux la maladie elle-même. J’ai appris à respecter le rythme de mon corps, mes limites et à suivre les élans de mon cœur.
J’ai compris une leçon très précieuse : lorsque quelque chose nous fait réagir chez quelqu’un, ce n’est souvent qu’un reflet de ce qui demeure non résolu à l’intérieur de nous. Et c’est précisément à cet endroit que nous devons porter notre regard pour nous guérir un peu plus et reprendre notre pouvoir personnel. Il devient alors beaucoup plus facile de vivre en communauté et, par conséquent, de se sentir moins seuls.
C’est cette nouvelle version de moi — plus consciente, plus ancrée, plus vraie — que je peux maintenant présenter aux gens. J’observe que certains individus l’aiment et que d’autres y réagissent. Certains se sont naturellement éloignés, tandis que d’autres, plus alignés avec ma vérité, sont apparus. J’ai même vu ma transformation avoir un magnifique effet domino sur le cheminement de certaines personnes autour de moi. Dans tous les cas, j’accueille ces changements et je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.
L’Irlande m’a apporté bien plus que je n’aurais pu l’imaginer : elle m’a permis de rentrer à la maison.



