Quand on voyage pour le plaisir, que ce soit un trip en sac-à-dos en Asie pendant quelques mois, un roadtrip en voiture en Amérique du Nord, ou même le classique 2-3 semaines en famille en Europe, il y a des endroits qui suscitent en nous certains sentiments inexplicables. Je parle ici d’un sentiment qui va au-delà du simple émerveillement ou de l’effet enchanteur. Une sorte d’appel, comme si pendant un instant, tu avais accès au « blue-print » d’une partie de ton destin, et que tu sentais que cet endroit est possiblement le « X » sur lequel tu dois être.
Il n’y a rien de rationnel là-dedans, et je comprends tous ceux qui nous trouvent fous de changer subitement de style de vie. Toutefois, je constate que le nombre de personnes qui sautent dans le vide et décident de s’établir ailleurs ne fait qu’augmenter. Je crois que le besoin de connecter avec les autres est inhérent à la condition humaine. De ce fait, je ne suis guère surpris de voir de plus en plus de personnes quitter un mode de vie effréné, machinal et esseulé pour partir à la quête d’un peu plus de lenteur, de chaleur et de communauté. On assiste ici à un certain phénomène culturel, une sorte de révolution silencieuse.
Pour moi, ce fut la Colombie-Britannique. J’y ai voyagé plusieurs fois avant de m’y établir. Chaque visite renforçait cette conviction que je chérissais depuis le jeune âge : vivre la West Coast Life. Il n’y avait rien de rationnel au départ, mais avec le temps, j’ai ajouté des raisons très concrètes à ce choix.
Premièrement, il y a la proximité de la nature, avec l’océan d’un côté et les montagnes de l’autre. Ici, je suis toujours à quelques minutes d’une potentielle aventure, que ce soit une randonnée pédestre, une ride en paddleboard ou une promenade à vélo le long de la seawall. Les beautés du ciel et de la nature sont difficiles à décrire. Je dis toujours aux gens que pour comprendre, il faut venir vivre l’expérience. Ma tante de 80 ans, qui demeure à Rouyn-Noranda, est venue me visiter il y a deux ans. Elle se demandait pourquoi partir si loin. Vers la fin du voyage, elle m’a simplement dit : « Je comprends. Et ça fait du sens.»
Deuxièmement, le style de vie ici est beaucoup plus décontracté. Les gens travaillent beaucoup, mais il y a cette compréhension tacite que c’est important d’être en santé et de profiter de la vie. Quand je demande à mon boss de partir plus tôt parce qu’il y a une classe de hot pilates ou une partie de pickleball que je ne veux pas rater, il accepte sans me faire sentir mal. Il y a toute une culture du bien-être qui est bien implantée ici. Côté vestimentaire, quel plaisir d’aller travailler en mode « athleisure » sérieux. Pas besoin de porter du formel quand je travaille au bureau. Certains amis se moquent de moi en disant que je deviens un cliché de la côte ouest, mais encore une fois, je leur dis : « Viens vivre l’expérience et tu comprendras.»
Troisièmement, Vancouver est surnommée Hollywood North pour la simple et bonne raison qu’elle est l’une des villes où l’on tourne le plus de films, séries télé et publicités après Los Angeles et New York. Il y a une immense main-d’œuvre ultra qualifiée ici, et ça se voit. Du premier Rambo à Deadpool, en passant par Mission Impossible 4 et Tron: Legacy, ce sont tous des films tournés ici à Vancouver. J’ai donc choisi cette ville pour venir y étudier le cinéma et, depuis, je travaille dans l’industrie qui y est bien implantée. D’ailleurs, j’y ai aussi rencontré l’amour, ce qui s’avère être une autre raison à ajouter à la liste. Cette personne a également immigré ici, ce qui facilite la compréhension de ce phénomène de mouvance.
Chose fascinante : la majorité des gens de Vancouver viennent d’ailleurs. C’est aussi frappant de voir la quantité de couples interraciaux. Je vous le dis, il y a quelque chose qui naît ici. Vancouver est une jeune ville, je l’admets, mais c’est une sorte de belle bébitte qui grossit — une expérience sociale qui mérite d’être racontée. Je n’enlève rien à Montréal, pour qui j’éprouve toujours un grand amour. Mais préparez-vous: avec le temps, Vancouver risque de devenir également un important pôle culturel. Du moins, c’est ce que je crois… et c’est ce que j’aide à bâtir ici.
